Théâtre

Laura Domenge en personne(s) !
Théâtre Popul'Air du Reinitas (Paris)
Jusqu’au 30 juin 2015
Le 10 juillet 2015 à L'Olympia
 

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Des « one man » et autres « seul en scène » fleurissent à grande vitesse sur les scènes parisiennes et peu possèdent la qualité d'écriture et d'interprétation de celui de Laura Domenge. En effet, loin d'être débutante et encore moins opportuniste, Laura observe ses contemporaines et propose un angle singulier pour les croquer et s'en amuser. A l'opposé des stand-up ou sketchs façon « girly », ses personnages féminins ne sombrent pas dans la caricature gratuite et prennent tout leurs sens au travers d'un prisme personnel, sans jamais céder à la facilité ou pire la vulgarité si souvent présente dans l'écriture de récents spectacles. 

 

S'il fallait qualifier la personnalité de Laura Domenge, les mots : pétillante, osée, drôle et subtile viendraient à l'esprit et pour tout dire « talentueuse » résumerait parfaitement cette actrice à qui l'on souhaite le succès qu'elle mérite.

 

Entretien sonore mais sans lumière avec Laura Domenge

 

Vincent Gramain : Laura, parle nous de ce nouveau spectacle qui est le second me semble-t-il...

Laura Domenge : Oui il s'agit de l'évolution du premier qui s'appelait : Seule et en scène et tournait autour du célibat mais ça me saoulait en fait. Je cherchais quelque chose de plus singulier. Le nouveau : En personnes, au pluriel, car je joue plusieurs personnages dans lesquels je mets un peu de ma schizophrénie (rires) ; est plus orienté sur le passage de la fille à la femme qui correspond à ma tranche d'âge.

 

Vincent Gramain : Tes personnages sont inspirés des gens que tu as pu croiser ou bien s'agit-il de ce que tu as vécu ?

Laura Domenge : À la base, je pars de mes expériences et observations, ensuite j'ai écris sur les personnages que je fantasme comme celui de « Gigi cœur de fer » qui est complètement inventé et pourrait sortir d'un scénario d'Audiard.

 

Vincent Gramain : Donc, pas d'amis qui pourraient se retrouver dans l'un d'eux ?

Laura Domenge : Non, enfin... il y a la famille bien sûr, inconsciemment on met pas mal de son vécu, alors... il vaut mieux rire des traumatismes que cela a pu causer.

 

Vincent Gramain : Quelles ont été leurs réactions lorsqu'ils ont assisté à la pièce ?

Laura Domenge : C'est magnifique : ils ne se reconnaissent pas ! (rires)

 

Vincent Gramain : Puises-tu dans tes expériences adolescentes ?

Laura Domenge : Non pas vraiment. Au lycée, je m'étais créé un personnage de fille très assumée...

 

Vincent Gramain : Alors qu'en fait tu n'étais pas assumée du tout !

Laura Domenge : Je l'étais dans ma folie, j'assumais mon personnage. J'avais les cheveux rouges, j'étais fan de Mylène Farmer, j'étais bisexuelle et complètement à la ramasse ! (rires) Puis, il arrive un moment où l'on s'assagit et l'on enlève sa carapace pour se retrouver face à soi-même. A ce moment là, je me suis dit que j'étais pas encore finie (rires).

 

Vincent Gramain : Finalement, tu abordes dans ce spectacle la quête de l'identité

Laura Domenge : Exactement !

 

Vincent Gramain : T'es-tu inspirée d'autres spectacles, comme celui de Joséphine Draï qui parle de ses déboires amoureux, ou bien t'es-tu isolée de cela pour te démarquer ? 

Laura Domenge : Je me rends compte, maintenant que je suis un peu plus dans le milieu du « one », que j'ai fait le processus inverse de celui des autres comédiens. La plupart d'entre eux écrivent cinq minutes et vont tester leur sketch dans une scène ouverte, puis ils en écrivent un autre et ainsi de suite, et c'est comme cela que se construit le spectacle. Moi, je n'avais jamais fait de scène ouverte, et ai donc écrit une heure de spectacle avec des portraits, des tranches de vie. Je n'avais pas une grande culture des « one man » et n'en connaissais pas le fonctionnement. Les seules influences que j'avais étaient celles du  transformisme. Des notions de spectacles, c'est à dire comment les comédiens se métamorphosent. Pour moi, le challenge était de réussir à ce que les spectateurs puissent identifier quelqu'un d'autre sans passer par le costume et sans aucun artifice, juste par le jeu. Par la suite, je me suis intéressée aux « one man ». Par exemple, j'aime énormément ce que fait Julie Ferrier.

 

Vincent Gramain : Bérangère Krief ?

Laura Domenge : Non, c'est moins mon truc. C'est très « girly » en fait.

 

Vincent Gramain : Et toi, t'es pas « girly » ! (rires)

Laura Domenge : Non, pas du tout. Ok ça parle de ma vie et je suis une nana, mais...

 

Vincent Gramain : Pour l'instant t'es une nana ! Je te rappelle que tu es en quête d'identité.

Laura Domenge : (rires) sait-on jamais... De manière générale, dans les « one woman show », je trouvais que les thématiques étaient un peu similaires : le célibat, la vie de nana etc. sans être transcendées. C'est pareil au théâtre où les comédiennes s'emprisonnent elles-mêmes dans des rôles de filles dans lesquels elles doivent rester jolies, séduisantes... Dans mon cas, je veux rester féminine mais me salir un peu dans les rôles que j'interprète. Y aller vraiment ! Oser aller au bout des compositions des personnages.

 

Vincent Gramain : Mais choques-tu ?

Laura Domenge : Non je ne crois pas.

 

Vincent Gramain : Y'a-t-il des gens qui sortent de la salle et qui vomissent par exemple ?

Laura Domenge : (rires) Pas du tout ! Mais tu vois, Julie Ferrier elle y va, elle se salit. Elle est sublime mais elle n'a pas peur de jouer à fond. Il y a une nouvelle génération d'actrices qui prend des risques et qui est dans cette dynamique, je pense à Céline Groussard ou Charlotte Creyx par exemple.

 

Vincent Gramain : Ton parcours théâtrale est intéressant, en ce sens que tu as commencé très jeune et rapidement vécu l'expérience des tournées

Laura Domenge : Oui, j'ai commencé à dix ans dans une compagnie professionnelle nommée Les sales gosses. Durant deux ans nous avons joué à Bobino, puis nous sommes partis aux Etats-Unis pour une année de représentations.

 

Vincent Gramain : Comment cela se passait-il pour ta scolarité ?

Laura Domenge : Le principe était que si ta moyenne chutait t'étais viré de la compagnie. Il fallait donc assurer dans les deux domaines.

 

Vincent Gramain : En fait, tu es brillante dans tout !

Laura Domenge : (rires) brillante je ne sais pas, mais plus j'ai d'activités simultanées, mieux je les fais !

 

Vincent Gramain : Tu es donc rentrée en France vers treize ans et tu as continué avec cette troupe.

Laura Domenge : Non, pas du tout. Il y a eu un vrai break ensuite. C'est au lycée que je suis retournée vers le théâtre. Et là, ce fut plus traditionnel et surtout j'ai abordé le côté très théorique qui m'a passionné. Après le bac, je suis entrée aux cours Charles Dullin et le conservatoire du 5ème, puis me suis tourné vers la mise en scène et l'écriture. J'ai ensuite monté ma première troupe de théâtre : Les strapontins, qui a été une belle aventure. On faisait des happenings théâtraux dans le métro, le tout en alexandrins ! Ce qui nous a permis de financer la première pièce que j'ai écrite et que nous avons joué deux ans au théâtre du Ranelagh. Nous étions super contents : Libé, Le parisien et d'autres nous ont soutenus. Il y eu également La saga des masques au théâtre du Petit Saint Martin, dans laquelle je jouais une dizaine de personnages. C'est à ce moment là que Christian Lucas a eu une révélation et m'a dit qu'il fallait que je monte un « one man » ce qui ne m'enchantait pas de prime abord. J'étais une théâtreuse qui intellectualisait le théâtre et considérais mal le « one man ». Quand j'ai compris que je pouvais en faire quelque chose de très personnel, j'ai commencé à écrire. C'est la pièce de la réconciliation, car avant je n'arrivais pas à associer les deux genres et c'était une connerie de ma part. On n'est pas obligé d'abrutir en faisant rire, c'est mon combat ! (rires).

 

Vincent Gramain : Zéro politique dans ce spectacle ?

Laura Domenge : Très peu. En fait, c'est un acte politique de faire rire ! Je ne viens pas du stand-up, c'est un spectacle qui sort un peu du quotidien.

 

Vincent Gramain : Toi qui viens du théâtre, ne ressens-tu pas un manque dans le fait d'être seule sur scène ?

Laura Domenge : Au début si, mais l'autre personnage c'est le public.

 

Vincent Gramain : Avec moins de réplique tout de même...

Laura Domenge : Oui mais contrairement à un spectacle plus traditionnel dans lequel le texte de bouge pas, l'école du « one » permet d'adapter chaque soir selon le public. On est dans le « ici et maintenant » et c'est un match de boxe ! J'ai pu acquérir une liberté avec le public qui me sert également dans des pièces que je joue avec d'autres comédiens.

 

Vincent Gramain : As-tu déjà gouté à l'impro ?

Laura Domenge : Oui, j'ai adoré. Avec toutefois, un bémol sur les limites que cela impose. C'est à dire qu'il y a une recherche de l'efficacité dans le fait de susciter de manière systématique le rire et très vite on s'installe et l'exercice est un peu biaisé. Alors que le challenge dans le « one man », c'est de le réadapter complètement chaque semaine et d'être à l'écoute du spectateur.

 

Vincent Gramain : Justement, quelles sont les réactions du public en venant voir ton spectacle ? Sens-tu des différences selon l'actu par exemple ?

Laura Domenge : Eh oui... durant le drame de Charlie Hebdo, c'était un peu compliqué. Mais quelque soit le contexte politique, il est important de continuer à rire, donc de continuer à vivre ! 

 

Propos recueillis par Vincent Gramain

 

Infos pratiques

 

Laura Domenge en personne(s) !

 

Théâtre Popul'Air du Reinitas (Paris), Jusqu’au 30 juin 2015, Tous les mardis à 20h.

 

De et avec Laura Domenge

Co-écriture et mise en scène Christian Lucas



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