Les Fiancés de Loches

Théâtre
Galerie photo + Interview
Interview de Hervé Devolder et Adrien Biry-Vicente

Théâtre du Palais Royal (Paris)
3 juin 2014

Encore un Feydeau me direz vous ! Oui mais pas seulement, celui-ci a la particularité d'être mis en musique par le prolifique Hervé Devolder, comédien, metteur en scène, auteur et... compositeur. En effet, reprendreLes Fiancés de Loches, même si la pièce est enthousiasmante en ces temps un peu gris, n'est pas très original en soi. Là où le projet devient intéressant c'est lorsque les metteurs en scène Jacques Mougenot et Hervé Devolder se lancent dans une création musicale dans l'esprit de la pièce originelle. Redécouvrir Feydeau avec une musique de style 1900 et un texte élagué de quelques redondances devient irrésistible pour un large public qui n'est pas forcément coutumier du vaudeville. Exploit ? Surement. La chorégraphie a été réglé par Catherine Arondel et les comédiens  alternativement posés ou survoltés, offrent une dynamique de jeu qui transporte le spectacteur, étonné de n'avoir pas une fois regardé sa montre. Réconcilié le vaudeville avec un public parisien très sollicité et de plus en plus exigeant est le pari tenu par Hervé Devolder et ses brillants comédiens.

Rencontre avec Hervé Devolder

Hervé, pourquoi Feydeau ?
Hervé Devolder : Feydeau, c'est vraiment notre maître. Sacha Guitry disait que certains ont l'art de faire rire, d'autres ont le pouvoir de faire rire. Feydeau appartient à cette seconde catégorie d'auteurs. C'est vrai qu'il y a dans son écriture un génie absolu de la trouvaille, du quiproquo extraordinaire qui amène des situations absolument drôles. On est dans un très très haut niveau de drôlerie et de divertissement. Ajouté à cela la musique, dans le travail que j'ai fait avec Jacques Mougenot, certaines scènes de la pièce sont remplacées par des scènes musicales : Mougenot à réécrit le texte en vers et moi j'ai composé une musique qui correspond à l'action, donc la pièce ne s'arrête pas pendant les chansons. C'est une vraie jubilation d'avoir composé la musique dans la tradition de la Belle époque. Au final, on a une comédie musicale de construction moderne avec un texte de la fin du XIXème.

Pourquoi avoir voulu l'adapter en comédie musicale ? Quelle était la dimension que tu souhaitais apporter à la pièce originale ?
Hervé Devolder : Adapter musicalement la pièce, la rend très festive. L'expérience m'a appris que ce que l'on transforme en théâtre musical, apporte encore plus d'efficacité et d'émotions. La drôlerie de Feydeau vient du détournement de situations graves qui pourraient être traitées de manières cruelles, or la légèreté qu'il insuffle à son écriture permet d'en rire. La mettre en musique complète cette idée de légèreté initiale. C'est quand même un bonheur d'entendre les personnages chanter leurs joies, leurs amours, ça pétille…

Tu as composé et mis en scène, c'est pas trop dur de voir les comédiens évoluer dans cette incroyable adaptation sans pouvoir jouer soi même ?
Hervé Devolder : J'irais bien avec eux ! (rires) Ceci dit, j'ai le bonheur de connaître toutes les places, c'est à dire de jouer sous la direction d'un metteur en scène dans d'autres pièces, ou bien d'être à sa place sur ce projet. Je communique ma passion et joue au travers des interprètes que je dirige, mais c'est vrai que parfois j'ai envie d'être avec eux sur scène, ce qui pour tout t'avouer m'est arrivé lors des premières répétitions.

La distribution compte Christinne Bonnard, nominée récemment aux Molières, un mot sur elle ?
Hervé Devolder : On se connait et je l'admire depuis longtemps Christinne. On n'avait pas encore trouvé de projet pour travailler ensemble, et puis là ce fut comme une évidence pour le rôle de Laure. Cela n'a pas été facile pour qu'elle puisse se libérer, mais quelle joie et quel talent ! Elle s'étonne que je ne la dirige pas énormément, mais elle est juste tout de suite (rires).

Qu'as-tu pensé de l'intervention aux Molières de Nicolas Bouchaud en faveur des intermittents ?
Hervé Devolder : Et bien moi je sais pourquoi je fais ce métier: d'abord c'est une passion de jeunesse, ensuite j'ai le sentiment d'être un peu humaniste. J'ai le sentiment réel de « filer un coup de main » à mes contemporains. Je crois que nous, les artistes, avons une mission pour porter la bonne parole qui est « aimons nous les uns les autres ». La moindre chanson d'amour diffusée en radio est aussi nécessaire que le travail qu'effectue un chirurgien. Notre place n'est pas usurpée. C'est un métier qui n'est pas facile par essence. Il y a une préparation importante pour un spectacle dont on ne sait par avance s'il sera six mois ou seulement quinze jours à l'affiche. Il est donc normal que les artistes soient en perpétuelles périodes de précarité : on ne sait jamais ce que l'on fera l'année suivante. Ce système est donc primordial pour continuer d'exercer. Faut pas déconner avec nos artistes en France, parce que c'est une hygiène de vie très importante, parce que chaque artiste qui se produit quelque part, dans un café-théâtre par exemple, et qui continue à prôner l'amour avec ses moyens, il est indispensable à l'avancé de la société. Si on perd ça c'est une société qui va dans le mur, c'est très très important d'avoir un regard amusé et critique sur notre société. Si l'argument du coût est avancé, à ce moment là l'école ça coûte cher, arrêtons l'enseignement ! Le divertissement et la culture en générale, tout comme l'éducation, sont la sauvegarde de la démocratie.

Rencontre avec Adrien Biry-Vicente

Adrien, comment a eu lieu la  rencontre avec Hervé Devolder ?
Adrien Biry-Vicente : J'ai rencontré Hervé en 2009 pour  La vie parisienne d'Offenbach, montée par Alain Sachs. On a joué au théâtre Antoine au théâtre de Paris, puis en tournée dans toute la France. Nos personnages formaient un duo, on s'est très bien entendu, ça fonctionnait bien, alors on est restés en contact (rires).

Qu'est-ce qui t'a intéressé dans ce projet d'adaptation musicale de l'un des premiers Feydeau ?
Adrien Biry-Vicente : En premier lieu, le fait de travailler à nouveau avec Hervé, puis lorsqu'il m'a fait découvrir la musique qu'il avait composée et qui correspond très bien à l'esprit de la pièce. Ensuite, jouer du Feydeau est une première pour moi. La technique de jeu est particulière avec des apartés avec le public, ce que je ne connaissais pas.

Ce parti pris d'une mise en scène dynamitée demande une multiplicité d'interprétation et notamment dans le chant, la danse et même dans la pratique d'un instrument. Comment t'es-tu adapté ? Tu as dû prendre des cours ?
Adrien Biry-Vicente : La difficulté revient toujours sur le texte, malgré mon cursus dans les conservatoires de théâtre des 11ème et 9ème arrondissement. Il est moins évident pour moi de dire le texte d'un auteur plutôt que de le chanter. Chanter me semble plus naturel, ce n'est pas une difficulté, c'est un mode de communication qui m'est familier, je chante depuis que je suis enfant, j’ai pris des cours de chant assez tôt. Le jeu, quant à lui, est venu ensuite. Je me rends compte également que sur les quatre derniers spectacles que j'ai fait, on me demandait de jouer de la trompette. C'est un clin d'oeil, on m'offre un moment pour jouer de cet instrument. Concernant la danse, j'en ai également fait beaucoup lorsque j'étais au conservatoire et que l'on travaillait des comédies musicales. Cela fait parti de ma formation initiale.

Comment abordes-tu le rôle d'Alfred, le plus jeune frère ?
Adrien Biry-Vicente : Le rôle est très présent sur scène mais n'a pas beaucoup de répliques. Sa caractéristique est le fait qu'il a toujours mal à la tête. Ce motif de base me permet de jouer avec, par exemple  lorsque les autres personnages parlent trop forts, ou bien les cris que je peux entendre. Je m'amuse à poser ma tête à des endroits improbables, je peux utiliser le décor pour soulager le mal du personnage. C'est finalement assez corporel.

Quel regard portes-tu sur cette fratrie ?
Adrien Biry-Vicente : Il ne faut surtout pas associer ces personnages à des provinciaux. Ce sont des notables, ils sont pharmaciens et ont un autre rythme de vie que les parisiens. On voit d'ailleurs très bien dans la mise en scène que ces derniers font toujours les choses à mille à l'heure, ce qui n'a pas vraiment changé (rires), la musique accompagne d'ailleurs ou bien justifie cet état d'esprit lorsqu'il s'agit des parisiens. À contrario, elle baisse en rythme sur les scènes des provinciaux. Le temps s'étale, et la légèreté transparait. Ces lochois viennent à Paris pour se marier. Ils ne sont donc pas dans une relation d'affaires commerciales, mais disposés à rencontrer via une agence de placement, des personnes avec qui ils espèrent construire leur vie. Dans cette démarche, ils acceptent beaucoup de choses, pensant que ce sont les us et coutumes des parisiens. En ce sens, ils sont très ouverts et c'est ce qui me plait dans ces personnages. Les lochois sont moins ridicules que les parisiens qui les méprisent. Je suis très content d'être du côté des provinciaux, c'est un écho à mes origines, ça me rappelle qui je suis, d'où je viens.

Comment penses-tu qu'il s'en sortirait ton personnage à notre époque ?
Hervé Devolder : Peut être comme moi je m'en suis sorti finalement. Quand je suis arrivé à Paris, on découvre la capitale et on s'aperçoit que ce n'est pas vraiment comme le fantasme que l'on y projetait. Avec de la persévérance et beaucoup de travail on évolue doucement vers ce à quoi l'on aspirait.
Propos recueillis par Vincent Gramain

Infos pratiques

Théâtre du Palais Royal, 38 rue Montpensier, 75001 Paris, Jusqu'à fin juillet 2014. Du mardi au samedi à 21h.

Comédie musicale d'après une pièce de Georges Feydeau, Mise en scène  Hervé Devolder et Jacques Mougenot, Création musicale : Hervé Devolder

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