Musique

Madeleine Besson
Interview
Paris, 17 juin 2014

 

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J'étais heureux de retrouver Madeleine Besson par cette journée presque printanière, il était temps, nous étions en juin ! L'occasion de parler de la sortie récente de son premier album Blossom qui permet enfin à la chanteuse de graver des chansons que l'on a pu découvrir sur scène. La scène où elle donne tout, où son charisme et sa musique emportent l'adhésion du public qui ne s'attend pas à ce que cette jeune femme aux boucles blondes possède cette voix incroyable de celles qui enregistraient chez Tamla Motown. Forte d'une expérience scénique importante, d'un premier album réussi, elle a récemment remporté le prix Génération Réservoir !

 

Une rencontre pas loin d'un vélo et autour d'un café

 

- Madeleine, tu as d'abord été comédienne, tu as même réalisé un court métrage, comment es-tu venue à la musique ?

J'ai commencé le violon a deux ans, le piano a quatre et le chant lyrique a quinze ! J'ai toujours été dans la musique depuis petite. Je suis tombée dans la musique des Beatles vers huit ans et je n'ai pas décroché durant des années. Au niveau mélodique c'est ce qui me transporte le plus. C'est le groupe de rap français IAM qui m'a sorti de ça. Leur phrasé et l'engagement social de leurs chansons m'ont beaucoup plu. Bien sûr il y a eu le blues et puis Duke Ellington et enfin Janis Joplin, Otis Redding, Ray Charles, la soul.

 

- Dans la presse, on te compare souvent à Janis et Aretha Franklin...

Ouais, en fait c'est la soul qui fait penser à ces deux artistes, pas moi. Ceci dit, en ce moment j'écoute Etta James, Jack White et Bob Marley ! (rires) Il y a des choses magnifiques que l'on ne connait pas.

 

- Comment créer alors son propre style, son écriture musicale avec autant d'influences ?

Avec ce qui me touche harmoniquement, c'est souvent le point de départ, l'inspiration par la musique.

 

- Tu écris principalement en anglais. Est-ce parce que tu as vécu longtemps là bas ou bien c'est une manière de dire des choses qui ne « sortiraient » pas dans ta langue natale ?

Ça vient plus naturellement par rapport à la musique qui me touche et m'influence. C'est une culture qui me parle énormément musicalement : le mélange ou brassage des genres musicaux me semble vraiment intéréssant pour l'évolution de la musique. Mon style, pour être large, pourrait être rock-soul.

 

- Comment s'est passé la création de l'album Blossom?

Ça fait des années que je fais énormément de scènes. J'écris habituellement pour le live et avais pas mal de chansons. Bizzarement, je n'étais pas dans l'idée d'enregistrer un album. Je me disais que ça viendrait un jour. Je testais ma capacité d'écriture et avais envie d'évoluer en étant plus profonde dans mes textes. Ici, j'avais un groupe il y a une dizaine d'années et on faisait tous les clubs et scènes possibles avec les chansons qu'on aimait. Mais c'est lorsque je suis partie à New York que j'ai beaucoup appris. Je me baladais dans les rues la journée et le soir je jouais et travaillais ma musique. J'ai fait des rencontres enrichissantes qui me boostaient dans ma déamarche créative et j'ai pu faire une maquette de mes chansons. Lorsqu'ensuite je suis revenue à Paris, j'ai remonté un groupe et j'ai pu ne faire que mes chansons.

 

- Et là, tu t'es produit au Studio de l'Hermittage ?

Oui il y a eu une résidence à l'Hermittage en 2009, puis les MusikElles...

 

- Mais au fait, la maquette new-yorkaise, qu'en as-tu faite ? Tu l'as mise en ligne ?

Non, elle a servi à faire écouter aux gens du métier ce que je faisais. J'étais pas trop connectée à ce moment là. J'étais vraiment « old school » à ce niveau là et je suis complètement passée à côté ! (rires) En fait, ce qui m'intéréssait c'était le concret, me produire en live devant un public. C'est pour cela, pour en revenir à la création de l'album, qu'il y a un mix entre d'anciennes chansons que je jouais sur scène et de plus récentes.

 

- Tu as quand même mis deux ans à faire l'album…

Oui parce qu'on l'a fait par étapes et avec des musiciens différents. J'ai d'abord enregistré à Bristol avec Jim Barr, le bassiste de Portishead; puis on a réenregistré avec l'excellent David Coulter qui bosse avec Arthur H, Tom Waits, Bob Wilson... Et enfin les voix avec Jean-Alain Roussel qui est un pianiste magnifique et un arrangeur de folie qui a fait les arrangements de No Woman No Cry de Marley. Il a travaillé avec Sting, Cats Stevens.

 

- Attends, c'est juste hallucinant de rencontrer des gens comme ça pour un premier album !

Ce sont de superbes rencontres dans lesquelles on s'est entendus humainement et musicalement.

 

- Quelle est pour toi la chanson la plus personnelle dans cet album ?

Ça dépend des moments, une en particulier ce n'est pas facile... Peut être Goodnight Farewell, qui n'est pas seulement intime puisqu'elle est ouverte.

 

- Someting alive ?

Oui, je l'aime beaucoup, rythmiquement elle me parle et puis c'est un clin d'oeil à cette époque dans laquelle on croit encore qu'il y a un prince charmant, alors que... (rires). Enfin, c'est dans les deux sens à mon avis. Pas évident de trouver quelqu'un avec nos peurs et nos blocages, c'est compliqué...

 

- T’as pas l'impression que c'est plus compliqué ici à Paris ou dans les grandes villes plutôt qu'en province dans des lieux à taille humaine ?

Peut être un peu, mais ils ont d'autres problèmes aussi (rires). Et puis il y a internet qui est venu tout bousculer dans les rencontres et la consommation. Tant mieux si ça marche pour certains... Le sujet qui revient souvent dans mes chansons c'est la tentation et le fait de résister ou non.

 

- Et alors tu résistes ?

Ça dépend ! (rires) Parfois ce n'est pas possible... mais avec la maturité les choses changent.

 

- La maturité dans le showbiz ?

C'est sûr et en même temps il y a la vie, les gens.

 

- Tu penses que tu pourras garder un vrai contact malgré les tournées et l'emprise du milieu (si je peux utiliser ce terme) ?

Garder les pieds sur terre ? Ah oui sans problème ! Mon entourage est assez présent pour que je reste ancrée dans la réalité. J'ai ce qu'il faut ! (rires)

 

- Justement la chanson Live goes by évoque les êtres et les choses essentielles pour toi ?

Oui le temps qui passe, revenir à l'essentiel et se demander ce qui compte le plus au final. Qu'est-ce qui est vrai et nous touche profondement ? L'amour sous toutes ses formes et ses contradictions... prendre conscience de ce qui est beau et de ce que la vie nous offre. C'est très positif comme chanson. Même si le temps passe, profitons-en au mieux. C'est la peur qui fout tout en l'air, qui fait que l'on n'arrive pas à profiter de la vie. La pression sociale est importante et l'angoisse de savoir comment finir le mois est présente. Mais il faut arrêter de tout voir en noir et se concentrer sur les belles choses pour essayer d'être bien dans sa vie. C'est une volonté personnelle, personne ne peut nous l'imposer, alors c'est dur mais c'est essentiel.

 

Bien camarade Madeleine ! (rires)

- Comment s'est déroulé le prix du Réservoir et qu'est-ce que ça t'as apporté ?

Pour être très sincère je ne m'y attendais pas du tout !

 

- Ah non, cette réplique là ça colle pas !

Non non j'te jure ! J'étais complètement ailleurs, je ne comprenais pas trop comment ça fonctionne. Pour moi, c'était d'être sur scène avec les autres groupes que je trouvais génial. On a été sélectionné avec quatre autres groupes sur les trois soirées et je pensais que c'était la fin et que l'on avait tous gagné ! Et en fait j'ai eu le prix du public et j'étais heureuse. Par la suite, on a pu faire la sortie de l'album au Réservoir et les concerts ont été diffusés en direct sur France Bleu, donc une belle visibilité. Puis, M6 m'a choisi pour faire un sujet sur Michel Jonasz et moi, retransmis au JT. C'était vraiment un beau moment. On me parle souvent de cette session au Réservoir.

 

Qu'évoque pour toi :

 

- Don't cry sister (JJ Cale)

Le titre me plait beaucoup. Ça me fait penser à l'un de mes titres (rires) : Sister Brother Rester unis, se soutenir les uns les autres dans cette vie. On parle souvent de ces choses là avec cynisme et on fini par oublier.

 

- Stranger to my happiness (Sharon Jones)

là encore le titre m'interpelle sans connaître la chanson, mais j'aime le son de Sharon Jones.

 

- True religion (Hot Tuna)

Sa vraie religion c'est considérer faire parti d'un tout.

 

- Laïla (Eric Clapton)

Celui-là je l'ai beaucoup écouté.

- Tu connais la première version ?

Oui je connais les deux. C'est beaucoup de souvenirs, des atmosphères de l'époque où je l'écoutais. Ça m'évoque aussi une histoire avec quelqu'un... (sourire)

 

Propos recueillis par Vincent Gramain

 

Blossom album Abacaba, disponible en CD et digital

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