Musique

Skip The Use
Interview
Festival Solidays (Paris), 29 juin 2014

 

20140629SKTUAL017.jpg

Les membres de Skip the Use, originellement punk, se font remarquer en 2009 et investissent les scènes internationales grâce à leur sélection par l'Adami pour le projet Détours.  Un premier album et le titre Give me your life, les font découvrir au public hors de nos frontières. Des centaines de dates et de nombreux festivals, dont les Solidays à deux reprises, les confortent dans une position de leadership. Pour cette 16ème édition des Solidays, Skip The Use était évidemment présent. Nous les avons rencontrés lors d'une conférence de presse.

 

- Les solidays, c'est un peu votre maison ?

Oui, on est « résident » ici ! C'est un festival que l'on aime beaucoup, nous sommes parrains de l'asso avec Marco Prince, Claudia Tagbo entre autres. C'est un festival qui nous a découvert voici quelques années. Nous avons une relation affective et sommes proches de Luc. Nous répondons présents quand il le faut. Nous militons avec le sourire !

 

- Quel message transmettre à la jeune génération qui vient vous voir aux Solidays ?

Déjà les remercier de venir et de se sentir concernés par cette cause. C'est un endroit où l'on peut rencontrer des gens et apprendre des choses, comme dans l'expo Sex in the city : comment faire l'amour intelligement... Nous, en tant qu'artistes, notre mission est artistique et non politique, même si le fait d'avoir des projecteurs sur soi permet de susciter une reflexion, une opinion... nous ne sommes pas là pour apporter une vérité ou être démago, mais provoquer une discussion et des échanges comme dans un carrefour de rencontres. J'ai donc envie de dire merci aux gens de continuer à venir et parler autour de vous de cette manifestation, et de garder le sourire dans cette lutte qui n'est pas simple.

 

- Comment choisissez vous vos collaborations ?

Nous avons un directeur artistique qui nous conseille. Lorsque l'on travaille sur un album durant un an et qu'on est allé au bout de ce que l'on voulait, on cherche quelqu'un ayant le recul nécessaire pour trouver d'autres pistes. On nous a conseillé Dimitri Tikovoï (Placebo, Sissor Sisters) que l'on ne connaissait pas. Nous avons fait un test à Londres où il travaille. Nous avons aimé ce qu'il proposait, la manière dont il abordait et comprenait nos musiques. Nous avons donc fini l'album avec lui, puis on a bossé avec Adrian Bushby (Muse, Jamiroquai) que l'on aimait beaucoup et qui s'est proposé de travailler avec nous.

 

- Ici aussi les rencontres avec d'autres artistes sont possibles, avez-vous des envies de collaborations artistiques ?

Il y a surtout nos amis : Shaka Ponk, FFF, Patrice... c'est une famille. C'est vrai qu'à force de se retrouver sur les festivals, parfois à 2h du matin en backstage on échange sur nos techniques ou on joue. C'est surtout le plaisir de se retrouver.

 

- Votre dernier album comporte une chanson en français, ce qui est une première. Quel en a été la motivation ?

Nous ne faisons pas de concept album, on les conçoit plutôt comme des photos de notre époque. On parle beaucoup entre nous sur les évènements d'actualités, lorsque ça nous marque vraiment on essaie d'en faire une chanson, toujours dans le but de partager avec les gens. Nous chantons en anglais parce que l'on se produit partout dans le monde et que les sujets de nos chansons se veulent universels. En 2012, 2013, il y a eu plein de choses qui nous ont sauté au visage : ce qui s'est passé autour du mariage pour tous, l'affaire Dieudoné, la montée des extrèmes... on a vraiment eu envie de faire une chanson sur tout ça et tout poser sur la table. Ces actus étaient tellement franco-françaises qu'il était évident pour nous d'écrire la chanson en français. Ce sont des changements radicaux dans notre état d'esprit, la montée du front national et tout ce qui s'est passé dans notre pays, cette résignation générale grandissante... Puis, les nouvelles générations qui ont oublié ce qui se passait il y a trente ans. C'est aux artistes de mettre en avant cela. Des personnes n'ont pas connu les skins et les débordements du FN, aujourd'hui c'est beaucoup plus sournois et certains ne peuvent imaginer ce qui se passait et comment ça peut dégénérer. Il faut respecter le vote républicain, c'est la liberté d'un peuple, mais il faut tout de même mettre en garde, éduquer en somme. C'est comme pour la prévention contre le Sida, tout le monde sait qu'il faut utiliser des préservatifs, si tu ne le sais pas c'est que tu vis dans un autre monde, et pourtant il faut le rappeler, expliquer, éduquer. Nous n'avions vraiment pas envie d'écrire cette chanson de manière frontale. Ce qui nous dérange c'est la résignation, les gens sont malheureux. Le bonheur c'est une prise de conscience personnelle, personne ne peut être heureux à ta place. Dans des pays d'une pauvreté sans nom, les gens arrivent à sourire et relever la tête et se battre pour que ça marche. Le vote ne va pas te rendre heureux, c'est une stratégie. Tu ne peux pas couper au fait de te remettre en question et faire tes propres choix pour tendre vers le bonheur. Notre chanson n'est pas un grand discours, elle est simple mais c'est la base des choses. Nous, ce que l'on veut c'est qu'il y ait des débats et donc une reflexion.

 

Propos recueillis par Vincent Gramain

Voir la galerie photos