Théâtre

Marius Colucci
Interview
Paris, Octobre 2014
 

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Marius Colucci est comédien et c'est d'ailleurs aux côtés d'Antoine Duléry dans les téléfilms de France 2 : Les Petits meurtres d'Agatha Christie, que le grand public a pu l’apprécier. Sans avoir cessé de jouer, Marius évoque sa passion pour la chanson et les chansonniers en partageant sur scène ses compositions et textes humoristiques, reflets de notre société si particulière. Un album est en création et un clip en ligne. 

Autour d'une assiette de pommes sarladaises, Marius revient sur son parcours, ses envies, ses projets et parle librement des métiers du spectacle.

 

- Comment est née l'envie de devenir comédien ?

Marius : Ça a toujours été évident pour moi. J'adorais faire le pitre, le clown et je savais que ça existait. Quand je suis arrivé vers quatorze quinze ans, j'ai su qu'acteur c'était un métier, que ce n'était pas seulement un passe temps, je me suis dit : « ah ouais, alors c'est ça que je veux faire ! » Je pense que je suis né avec les « funny bones » comme disent les anglais.

 

- Alors d'accord tu es né dans une famille d'artistes, mais vous êtes deux dans la fratrie...

Marius : Peut-être justement parce que j'étais le petit frère et je devais vouloir prendre plus de place pour m'affirmer. Mon frère a eu quelques velléités, mais il est assez timide

 

- La plupart des acteurs le sont...

Marius : Oui, parce qu'on est habitués à faire « comme si », à développer un masque. Certains ont un grain d'ailleurs. Je me souviens dans mon cours de théâtre il y en avait un, il s'était inscrit en théâtre par ce que il voulait faire de la trompette et qu'il n'y avait pas trompette ! Pour te donner une idée... (rires)

 

- Quel cours de théâtre as-tu fait ?

Marius : Périmony qui est assez connu dans le métier. C'est un mec qui est sérieux et passionné, attentionné à ses élèves. Si tu veux le cours Simon, la légende c'est que tant que tu payes on te dit que c'est bien. Périmony virait des élèves quand il arrivait pas à travailler avec eux et ne les faisait pas payer une année complète. Il avait cette honnêteté là. J'ai fait trois ans là bas. J'ai appris les bases chez lui. Ça m'a fait du bien. Tu sais, même si tu veux faire un truc très innovant il faut connaître les bases, la technique, les codes de comédie qui viennent du clown, de la commedia dell'arte eux même issus du théâtre grec. Evidemment, il y a des comédiens très différents et nombre de bouquins chiants à mourir là dessus. Ce qui est bien dans les cours de théâtre c'est que ça te fait un Reader Digest de toutes les pièces aussi, enfin les scènes principales...

 

- Quelles difficultés as-tu rencontrées dans le métier ?

Ce qui est particulier, c'est que le métier était intéressé par moi à cause de ma filiation. À un moment je faisais la promo de dvd des sketchs de Coluche sur les plateaux télé et le lendemain j'allais aux castings où je croisais les Robin des bois, Kad et Olivier. Mais je ne suis pas humoriste, j'aimerais bien et à la fois j'ai pas envie qu'on me saoule avec mon père. Je préfère faire mes vannes dans mon coin et trouver des formes de spectacles qui soient moins des one man shows.

 

- Le problème c'est que tu es forcément comparé...

Marius : Et oui. Mais le gros du métier, ceux qui s'occupent de prod à destination grand public, s'intéressent surtout au nom. On me proposait donc des castings super prestigieux, qu'évidemment j'avais pas, parce que je n’avais pas les épaules... puis si tu fais un truc qui est mauvais et très regardé, tout le monde va savoir que tu es mauvais ! Donc assez compliqué pour commencer... Mais je me suis basé sur mes potes de théâtre pour savoir comment eux se débrouillaient.

 

- Il n'y avait pas de jalousie vis à vis de toi ?

Marius : Je ne l'ai pas trop ressenti. Toutefois, avec les gens de la comédie française, ça marche pas. Sans savoir d'où je viens, eux et moi on n'accroche pas, on n'a rien à se dire, et pourtant j'aime beaucoup ce type de théâtre aussi. J'ai senti que je n'y avais pas accès ni par mon talent ni par mon nom, considéré pour le coup comme péjoratif. Le conservatoire, j'aurais vraiment aimé, mais à vingt trois ans, je n’étais clairement pas assez mûr pour tenter le concours. J'avais besoin de plus d'expérience. Mais ce n'est pas la seule voie possible. C'est incontournable si tu veux faire du théâtre subventionné (le théâtre chic !). Enfin pas seulement, car ensuite, le cinéma c'est un peu le must du métier de comédien et ces gens là finissent par y arriver, comme Elmosnino que j'adore. J'avais déjà bossé avec lui dans une mise en scène de Podalydes. Je trouve fascinant sa manière de jouer. Il n'est pas dans l'emphase, ne surjoue pas son texte. 

 

- A l'opposé d'acteurs comme Lucchini, Weber...

Marius : Oui c'est une tout autre manière de jouer. Serrault, par exemple disait des e muets. Il y a ceux qui imposent un style, par exemple Sébastien Castro qui est sur un mode flegmatique, on ne peut évidement pas lui donner à jouer Richard III (rires). Donc, ceux qui partent d'eux, de leurs expériences, et qui ne peuvent jouer « qu'eux » ! Et puis, ceux qui jouent en composition totale, comme Jim Carrey. Tu as l'impression qu'il appuie sur le bouton « pleurer » et hop il pleure, idem avec le rire, etc... Pour résumer, tous les bons comédiens se retrouvent à mi-chemin entre ces deux points. Par exemple, tu prends le sourire d'Humphrey Bogart, la tenue de Woody Allen et je vais composer le personnage de telle façon. Puis, tu apportes une sensibilité et une touche qui t'es personnelle. Bien sûr, il y a aussi la profondeur du jeu...

 

- T'es profond toi ?

Marius : Moi, je crois que je suis un peu limité. J'essaie de bosser là dessus. Je ne pense être un grand comédien.

 

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- Est-ce que c'est le « lâcher-prise », parce que tu ne t'oublies pas assez et que tu ne veux pas aller trop loin ?

Marius : Il peut y avoir de ça... Quand tu es comédien, c'est que tu aimes que l'on te regarde. Sans qu'il y ait le côté putassier. En même temps, être comédien dans un placard, ça n'intéresse personne. Quand dans Britannicus, tu joues le rôle de Néron, on ne demande à aucun comédien d'avoir déjà brûler Rome !

 

- Tu sais, des comédiens qui ont joué le rôle de Napoléon, par la suite se sont pris pour Napoléon !

Marius : C'est un métier qui rend schizophrénique. Au théâtre, tous les soirs à 20h30 t'es fou amoureux de ta femme, à 21h t'es persuadé qu'elle te trompe, à 21h30 t'es prêt à la tuer, à 22h tu te rends compte que ce n'est qu'un quiproquo, et ça tous les soirs ! Si t'es honnête, tu le vis un minimum. Forcément ça te marque. Des comédiens qui ont une santé mentale plus légère, sur certains rôles plus profonds, peuvent rester un peu scotchés. Daniel D Lewis lorsqu'il a reçu son oscar pour Lincoln, il était encore dans le rôle. Et là, il parle comme un autiste, puis il dit : « c'est vrai que ma femme a vécu tour à tour à côté d'un indien d'Amérique, un révolutionnaire écossais, un handicapé, un président américain, et pourtant dans le couple c'est plutôt elle qui est versatile! ». Autre anecdote, sur le tournage de Marathon Man, Laurence Olivier et Dustin Hoffman, avec respectivement, une approche shakespearienne dans le jeu pour le premier et celle de l'Actor Studio pour le second. Un quart avant de tourner une scène de course poursuite, Dustin Hoffman dit : bon je vais faire le tour du pâté de maison en courant pour vraiment être essoufflé au moment de tourner. Effectivement, dix minutes plus tard il arrive complètement en nage. Laurence Olivier, lui, prend un aérosol, s'asperge le visage et joue le type essoufflé ! Il y a différentes approches pour jouer. Toutes sont intéressantes, il faut trouver la sienne.

 

- L'étape actuelle de ton parcours est musicale. C'est sympa, mais je suppose que c'est plus profond que cela.

Marius : Ouais ! J'adore la musique depuis toujours. J'écoute les paroles des chansons attentivement, et pourtant récemment je me suis fait gauler en réécoutant C’Est comme ça (Rita Mitsouko). Je me suis rendu compte que je n'avais jamais vraiment compris de quoi parlait cette chanson ! Elle parle d'adultère.

 

- Tu sais pourquoi, ça me fait ça souvent également, parce que ces chansons on les écoutait lorsque l'on était enfants. C'est des années plus tard, lorsqu'adulte tu prends le temps de les écouter réellement que tu en comprends le sens. 

Marius : Et pourtant, j'ai toujours essayé d'analyser les textes, Renaud, Brassens... depuis que je suis enfant.  Au début, je ne me sentais pas légitime pour aller chanter et faire des bœufs avec des musiciens. Je l'ai tenté à Avignon dans un club nocturne. C'était génial, on a fait une jam avec les musiciens. Des souvenirs aussi de tournée avec Renaud quand j'étais gamin, j'adore ces ambiances... J'ai fais pas mal de choses avec Higelin aussi. J'ai toujours adoré ça, mais je n'osais pas aller plus loin. Si tu veux, je chante juste et placé, ce qui est un minimum, mais je n'ai pas une voix extraordinaire ni une technique vocale formidable. Je gardais ça dans un coin de ma tête. J'écrivais régulièrement, surtout au printemps sur mon scooter. C'est un vieux truc d'italien qui doit me venir de mes racines (rires).

 

- Comment fais-tu pour écrire sur ton scooter ? 

Marius : Je chante ! Je pars sur mélodie que j'aime bien, puis à force de chantonner, une atmosphère se dégage et le texte vient. Quand j'ai pris la décision d'écrire cet album, j'étais sur mon scooter donc et j'avais dans la tête une vieille pop italienne. J'ai commencé à délirer sur un début texte : un dragueur pas possible bien stéréotypé avec des chœurs pas dessus ! En rentrant chez moi, je l'ai noté et petit à petit j'ai eu une quinzaine de textes qui tenaient la route. 

 

- Les Vrp / Nonnes troppo sont des groupes qui te parlent ?

Marius : Oui, quand j'étais ado les groupes alternatifs de Ludwig von 88 aux Nonnes troppo, même les chansons plus anciennes comme celle de Bourvil, Jean-Yanne, les comiques troupiers comme les Quatre Barbus, Jean Nohain et Mireille, Maurice Chevallier, les chansons réalistes des années 30. En fait, j'aime bien l'humour dans la chanson, que ce soit Eddy Mitchell, Renaud ou encore Jonasz avec la Fm qui s'est spécialisée funky. 

 

- T'imposes tu certaines restrictions quand tu écris ?

Marius : En fait, y'a beaucoup de gens qui font ça pour niquer plus de meufs ! Patrick Bruel le premier, il le dit lui même. J'avais vu ça dans un Fréquenstar où il est expliquait qu'il s'était rendu compte au lycée de l'impact que pouvait avoir un mec qui jouait de la gratte. Le lendemain, il revenait avec une guitare ! J'dis pas qu'il aime pas la musique... Personne ne fait ce métier pour faire de la musique sur un parking de supermarché.

 

- Je suis pas sûr que les Floyd avaient cet objectif premier.

Marius : Bah écoutes, quand je faisais des jams à Avignon, un soir une fille vient me voir en me disant : « ah ouais c'est vraiment super comme tu chantes et tout... », et moi j'ai dit « super, merci ! » et me suis retourné pour voir avec les autres ce qu'on allait faire comme morceau à la suite sans tilter que c'était bon avec elle. Moi, ce qui m'éclatait c'était de chanter et rien d'autre.

 

- Tu as la même chose dans le cinéma, sur les plateaux de tournage.

Marius : Oui, mais je suis plutôt concentré sur les tournages. Alors, il y a des passionnés qui veulent vivre une passion cinéphilique, les baiseurs qui sont là pour ça, et les autres qui travaillent... je fais parti de la troisième catégorie !

 

-  Surtout que tu as tourné avec Duléry...

Marius : (rires) ouais, enfin il y avait aussi des comédiennes très sexy. Artiste c'est un métier de séduction. On essaie toujours de séduire un minimum, notamment les comédiennes. Si tu séduis plus, tu travailles plus. C'est une sorte de jeu. Moi, je ne suis pas séducteur mais séduisant sur un tournage.

 

- C'est un peu le côté colo.

Marius : Un peu oui. Ceux qui veulent tomber amoureux le sont. Ce n'est pas vraiment mon tempérament dans le travail.

 

- Mais alors en dehors de cela, tes restrictions dans l'écriture ?

Marius : Justement, je ne suis pas dans « l'écriture drague ». J'ai toujours pensé que draguer une fille c'était la prendre pour une conne. En plus de ça, je n'ai pas la gueule pour chanter des chansons d'amour. Donc, je n'écris pas ce genre de chansons.

 

- Bénabar en écrit sans tomber dans la « love song » cliché. 

Marius : En effet, y'a un peu de ça dans ce que je fais. Par exemple, dans mon nouveau clip : Alerte à la bombasse, je joue avec les femmes fatales. Je détourne aussi le propos de base avec Ne couchons pas ensemble ce soir, où la fille trépigne quand le mec refuse. Ça me fait rire de chanter ce genre de choses. Bon, j'ai une chanson un peu plus sérieuse dans mon set, mais dans l'ensemble c'est le traitement humoristique qui m'intéresse. Je suis heureux aussi de perpétrer cette tradition de chansons rigolotes et sympathiques.

 

- Tu fais tout tout seul, ou tu envisages des collaborations, ne serait-ce que musicalement ?

Marius : Oui surtout musicalement. Ma légitimité c'est d'écrire des textes, surtout que je ne veux pas qu'on dise : « tiens un acteur de plus qui se met à chanter ! Qui a été lui écrire ses chansons ? ». Maintenant, je ne suis pas musicien, donc pour les musiques je co-compose avec mes musiciens. J'apporte la base, une mélodie, puis on travaille ensemble pour les arrangements.

 

- L'album sera disponible quand ?

Marius : Pour le moment, nous sommes en mixage. Il y a deux maquettes qui tournent sur le net, sur youtube, que l'on peut écouter en recherchant : « Marius et les marioles ». L'album quant à lui, arrivera en 2015.

 

- Quelle portée aimerais-tu donner à tes textes ? 

Marius : Là c'est autre chose... je suis content de divertir les gens et si possible de leur ouvrir l'esprit sur deux trois trucs. La chanson sur les poètes, c'est plus une parodie de poètes. Encore une fois, ces chanteurs qui font ça pour les filles, y'a un truc qui m'échappe. J'aime bien me foutre de leur gueule. A quoi bon est une chanson sur le couple. Ça me faisait marrer d'aller à contresens de ce que l'on entend toujours sur les vertus d'être en couple. Finalement, est-ce que ça vaut le coup de se faire chier pour tout ca ? (rires)

 

- Il y a déjà des dates pour venir t'écouter ? 

Marius : Oui, tous les premiers samedis du mois en clair au Mizmiz (Paris 11ème) qui est un lieu très sympa. Puis des dates en province qui arrivent petit à petit.

 

Qu'évoque pour toi :

 

- C'est un rocker (de Chuck Berry et Claude Moine. Interprétée par Eddy Mitchell)

Marius : D'abord, j'adore et la chanson et le chanteur ! Qui plus est, Eddy Mitchell met souvent beaucoup d'humour dans ses chansons. C'est autre chose, mais dans mon set, on a des chansons fun qui donnent envie de bouger aussi. J'ai redécouvert il y a peu : T'as beau pas être beau de Chedid, pareil cette chanson dit des trucs, elle est sympathique et populaire et met de bonne humeur. C'est en réaction avec ce qui est très à la mode en ce moment, c'est à dire des émules de Portishead : des chansons tristes et lentes que t’écoute le dimanche après-midi quand t'es crevé. Je n'avais pas du tout envie de cela, et trouvais qu'il manquait des chansons à la Kid Créole and the coconuts !

 

- Celui qui n'essaie pas (Véronique Sanson)

Marius : Je ne connais pas celle-ci, mais le titre en effet est évocateur. Je préfère y aller plutôt que de regretter. D'ailleurs comme dit un proverbe à la con : « il vaut mieux avoir des remords que des regrets »

 

- C'est pas l'inverse ?

Marius : Ah si ! Tu vois, comme dit mon frère : « avec des proverbes à la con, tu passes pour un con ! » Et ça, ça se vérifie à chaque fois (rires).

 

Propos recueillis par Vincent Gramain

 

Paris, le 24 octobre 2014.

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