Théâtre

Le Woop
Interview
Paris, Novembre 2014

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Le Woop est un collectif de jeunes comédiens de divers horizons dont la verve sert admirablement la réflexion sur le quotidien et la société actuelle. Hugo Dessioux, après les expériences du Velcrou avec Norman puis de Hugo tout seul et de plusieurs films aux cotés de José Garcia et Jean Reno, s'est entouré de brillants comédiens : Malcom Totheworld, Mister V, Hakim Jemili, Youssoupha Diabi, Mike Kenli, dont certains sont passés par le Jamel Comedy Club, comme Jérémie Dethelot. Le tout forme le Woop et a entrepris un spectacle sous forme de stand-up dont chacun tour à tour propose un sketch et se rassemble à différents moments pour des échanges totalement délirants. 

Rencontre dans une loge pas à nous, avec Hugo « plus tout à fait seul » et Jérémie Dethelot.

 

- Comment vous êtes vous rencontrés ?

Dans le woop on n'est pas tous issus du web, il y a Vic et moi qui avons commencé comme ça. C'est quand on s'est intéressé à la scène notamment avec Norman et Vic, que l'on a rencontré un grand monsieur qui s'appelle Kader Aoun et qui nous a proposé de venir au Panam, un café théâtre où l'on peut faire du stand-up et s'entrainer. Nous y sommes allés et avons rencontré tous les gars du Woop. Finalement, nous avons fait notre propre plateau et petit à petit les bases du spectacle ont été posées.

 

- Jérémie, tu faisais déjà des vidéos ?

Non, moi j'ai commencé par la scène avec mon one man show, puis j'ai fait le Jamel Comedy Club. C'est Malcom qui un jour est venu me voir pour me proposer le Panam.

 

- Hugo, qu'est-ce qui t'a donné envie de passer des vidéos à la scène ?

J'ai commencé par le théâtre au lycée, ce qui m'a décoincé à l'époque et m'a donné envie d'être dans cet univers de jeu. Après est venu internet avec Norman et Kemar. La grosse expérience de scène est d'ailleurs issue de ces vidéos, puisque c'est avec le Zapping Amazing 2 et  l'énorme tournée qui a rassemblé seize mille personnes que l'envie de monter sur scène est revenue. Là, l'expérience de l'écriture pour le stand-up et le fait de défendre sur scène ce que j'avais écris, m'a excité et m'a rendu accro à la scène.

 

- Quelles sont vos références pour l'écriture et la manière de jouer ?

Jérémie : la personne qui m'a donné envie de monter sur scène c'est Franck Dubosc avec son premier spectacle. Je ne m'intéressais pas aux humoristes, je ne connaissais vraiment rien. Un soir, j'ai pris un dvd dans la chambre de ma sœur et choisis au hasard ce spectacle. Je pensais qu'un type seul qui parle sur scène ça allait être chiant.

 

- Toi tu prends un dvd en te disant que ça va être super chiant !

(rires) ouais mais sans décors ni rien... et en plus je connaissais pas du tout. Et en fait, à la fin du dvd, j'ai trouvé que c'était géant ! Je me suis dit moi aussi j'ai plein de trucs à raconter. J'ai rangé le dvd et me suis mis à écrire direct !

 

- Au niveau de l'écriture comment ça se passe au sein du groupe ? Vous apportez chacun vos sketchs ou bien vous parlez des thèmes que vous allez aborder ensuite ? 

Hugo : Tout dépend si l'on écrit pour la scène ou pour les vidéos de notre chaine Youtube. Pour la scène, au delà du stand-up de chacun qui est perso, c'est vraiment collectif. C'est un joyeux bordel, tout le monde donne son avis et ses conseils. Nous écrivons vraiment à sept. Pour les vidéos, c'est au coup par coup, parfois c'est une ou deux personnes qui apporte le projet, comme pour la vidéo que l'on faite à Los Angeles avec Mister V. Toutefois, tout doit être validé par le groupe, c'est une démocratie !

 

- Comment mettre en scène, puisque vous avez chacun votre morceau, puis vous vous réunissez, qui gère cela parce que ça peut partir très loin ?

Hugo : C'est celui qui a le plus raison ! Pour l'instant, on n'a pas de metteur en scène, donc on débat de tout, on s'occupe même des lumières et du son !

 

- C'est un peu l'esprit café théâtre.

Hugo : Oui, c'est café théâtre et en même temps c'est l'esprit des vidéos. Je faisais tout tout seul : l'écriture, le cadre, la lumière, le montage. Donc, je garde cet état d'esprit de pouvoir me débrouiller avec ce que j'ai. Comme on a sept cerveaux donc pas mal de matière, on peut se mettre en scène seuls sans problème.

 

- Votre public étant hétéroclite quoiqu’assez jeune, est-ce que vous vous limitez dans votre écriture ?

Jérémie : Sur youtube, il y a beaucoup de jeunes en effet. On essaie de baisser un peu le level sur la vulgarité qui était assez haut au début. Mais on ne se met pas vraiment de barrières, il n'y a pas d'interdits, on parle de ce que l'on a envie.

 

- Pas de complaisance ni de limites.

Hugo : Exact. Mais le crédo c'est que soit drôle. Je parle du sida, du racisme, on peut parler de tout, mais ça doit rester marrant. Je ne suis jamais senti mal à l'aise en jouant un sketch du Woop ou solo. Ce sont des sketches qui nous font marrer et on n'est pas des mauvais gars ou des pervers sexuels, donc ça reste bon enfant. Même si notre public des vidéos est jeune, en salle c'est plus large au niveau des âges. Mais j'ai jamais vu un môme qui était choqué. Tu sais, c'est une autre génération, on n'est plus dans celle où les jeunes n'entendaient parler de rien et découvraient tout à l'âge de quinze ou seize ans. Même moi, les choses que j'ai découvertes à quinze ans, un gamin de neuf ans aujourd'hui les connait. Un mec de onze ans aujourd'hui n'a rien à voir avec celui d'il y a dix ans ! Ils sont vachement plus au fait de certaines choses réservées autrefois à des gens plus matures. Et puis, si tu viens nous voir c'est que tu aimes ce dont on parle.

 

- Justement en parlant du public que tu analyses un peu, comment sont perçus vos spectacles en Province ?

Jérémie : La différence est sur Paris : il y a énormément de spectacles qui tournent en permanence. Le public est plus averti et sélectif. En province, quand tu débarques c'est un événement. L'accueil est un peu plus chaleureux. Mais l'amour reçu, que ce soit à Paris ou en Province, est énorme.

 

- Y'a-t-il une vie après le Woop ?

Hugo : On est très souvent ensemble, ma maison c'est un hôtel pour tout le Woop ! Ouais, on est une vraie bande de potes, on ne ment pas ! Si tout cela s'est fait aussi rapidement, c'est aussi qu'on est un peu tombé amoureux les uns des autres. Ce qui intéressant c'est que l'on réuni des profils totalement différents. Je ne sais pas si Jérémie et moi nous serions parlés ou même rencontrés sans le Woop.  C'est normal, avec tout ce qui se passe en ce moment : les tournages, les projets, la tournée, les télés... On est très soudés. A la base on est tous différents et pourtant ça marche, c'est magique, c'est intense, c'est une troupe, c'est même devenu une famille.

 

Propos recueillis par Vincent Gramain

 

Le Woop' - Stand-up

Tous les lundis et mardis à 20h au Théâtre Les Feux de la Rampe, du 29 septembre au 30 décembre 2014.

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