Musique

Arthur H
Interview
Festival Fnac Live (Paris), Juillet 2014

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Arthur H a la création prolifique, après la sortie de l'or d'Eros voici quelques mois, son nouvel album Soleil dedans arrive dans les bacs. Artiste à part de la scène française, Arthur multiplie les expériences et n'a de limite que son imagination qui puise dans le rêve et éclos dans la narration onirique de ses chansons. Quelles sont ses influences ? Comment considère t-il l'évolution de  la musique par rapport à celle de ses débuts il y a vingt cinq ans ?

Retour aux origines avec une interview à l'eau de source.

- Arthur, qu'écoutais-tu comme musique lorsque tu étais ado ?

Arthur H : Beaucoup de Punk, puis de la cold-wave tous ces groupes très envoutant avec cette ambiance sombre. Joy Division, des groupes totalement dépressifs. En fait, ma passion pour la musique est arrivée quand j'avais dix ans avec les Beatles que j'adorais vraiment. Malheureusement, à douze ans j'ai découvert la Punk et les Clash, ce qui a coupé mon amour pour les Beatles. Il y a eu les Doors ensuite, ce qui m'a ramené à une musique plus sensuelle, en parallèle du reggae. C'étaient des musiques plus humaines... toujours avec le sens de l'underground et de la révolte. Une musique hors système en fait. C'est beaucoup plus tard que j'ai découvert la chanson française à travers Gainsbourg. A ce moment là, à dix neuf ans, donc très tard, je me suis dit : je peux faire la même chose que j'aime, mais en français. C'était vraiment une révélation Gainsbourg. Toutes les musiques que j'aime peuvent être associées à des textes en français, alors qu'avant cela me semblait impossible.

- C'est par cette révélation que vient le déclic de devenir chanteur ?

Arthur H : Je voulais déjà être chanteur et musicien, car j'étais tellement autiste et bloqué émotionnellement, que la musique c'était le seul moyen de m'exprimer et de communiquer avec les autres. J'étais dans une bulle artistique, et très loin y'avait les autres humains. C'était comme ça que je me voyais. La musique était comme une bouteille que je jetais à la mer, de façon naturelle pour être en contact avec quelqu'un d'autre. J'étais extrêmement solitaire.

- Paradoxalement, ce repli initial t'a poussé à monter sur scène ou bien il a fallu du temps pour exorciser cette solitude extrême ?

Arthur H : Au début j'étais tout seul dans ma chambre à faire une maquette avec un petit synthé. Ça vient toujours de cette chambre sacrée où tu t'isoles. Je ne pensais d'ailleurs pas faire de scène. J'avais juste envie de baigner dans la musique. Ce qui est bien quand tu travailles, c'est que tu fais justement de la musique répétitive, hypnotique, car tu joues la même chose pendant  des heures. Ce qui n'est pas possible quand tu fais de la scène ! (rires)

- Donc, ça arrive à quel moment ? Je crois qu'en 1991 tu tentes une expérience sous chapiteau...

Arthur H : En fait, j'ai commencé par un tout petit cabaret qui s'appelle la vieille grille, avec mon camarade Brad Scott. C'était un spectacle sans micro. Il avait trouvé une vieille radio des années 30 dans laquelle il avait mis des guirlandes et une cassette avec un enregistrement de boite à rythmes. Assez sobre. J'ai tout de suite connecté avec le côté théâtrale de la musique. Une image qui t'aide à rentrer à l'intérieur du son. J'ai toujours été sensible à ça. Ce côté fellinien de la musique : tu ouvres un rideau rouge et tu entres dans un univers abracadabrant et surprenant. Comme Lynch aussi : cette impression d'être hors temps. Avec Brad, on a eu envie de faire de vrais spectacles : le Magic Mirrors, le Gymnase dramatique... avec une mise en scène travaillée. L'idée était d'ouvrir des portes continuellement sur des images un peu secrètes et surprenantes.

- Depuis tes débuts, le métier s'est métamorphosé. Comment vis-tu cette évolution particulière liée au format numérique ?

Arthur H : Artistiquement, il n'y a pas vraiment de différences puisque ça part toujours d'un rêve, d'une vision et des désirs neufs et enfantins. Après quand tu essaies de le faire vivre... La différence c'est que tout est plus cadré et le système plus saturé.

- Tu penses qu'il y a trop d'offres et de musiques dans tous les sens, pour qu'on s'intéresse à une musique en particulier ?

Arthur H : Peut être un peu, mais quand je parle de saturation, c'est du système dans sa globalité. Tout est sous pression. C'est une technique précise et efficace que génère le système, ce qui permet de mieux  contrôler les gens et les avoir à disposition. Ça marche très très bien ! Donc on n'a moins cette impression de liberté, de possibles. C'est un peu une illusion, car le seul choix c'est de décider de l'avoir, s'approprier cette liberté. Trouver dans la mesure du possible une forme d'indépendance par rapport à tout ce qui flotte autour. Assumer sa propre liberté. La vraie différence finalement, c'est de faire des choix plus forts, plus marqués.

- Dans tes nouvelles chansons, quelle est la portée que tu aimerais donner à tes textes ?

Arthur H : Oh, beaucoup de messages et leitmotivs de manière spontanée. Plutôt que de l'expliquer précisément, je préfère le partager avec la vibration, la couleur, le mot qui ouvre des espaces et la recherche de la surprise. Le sens est secret, intime.

- Tout à l'heure j'étais avec Gaëtan Roussel qui me disait aimer avoir plusieurs lectures dans les textes qu'il écrivait. De la même manière, tu ne cherches pas à être frontal dans les chansons que tu partages, de façon à proposer différentes écoutes.

Arthur H : Gaëtan et moi, dans des domaines différents, nous sommes un peu les enfants ou disciples de Bashung, où lui a poussé cela à son paroxysme avec des phrases complètement ouvertes qui produisent de la beauté et qui ne sont pas du tout rationnelles. Je pense que c'est nécessaire, même si moi je préfère être dans la narration. Les images restent ouvertes et vivent par elle mêmes sans les définir. Il faut qu'il y ait toujours une part de mystère qui est simplement la part de vie.

- Le précédent album c'est l'or noir, le nouveau c'est l'or d'Eros, tu penses à une trilogie ?

Arthur H : Je pense surtout à une collection. Nous avions envie de nous amuser avec la poésie. C'est quelque chose de mal vu et de très officiel aujourd'hui.

- Les gens pensent surtout que c'est ennuyeux...

Arthur H : À juste titre d'ailleurs, c'est souvent très chiant ! Mais c'est aussi très très beau, ce sont des formes avec un langage très ouvert. Parfois, je m'insurge tout à fait contre l'idée que ce n'est qu'abstrait et que le poète est un mec flottant perdu dans ses rêves. Alors que si nous étions plus sophistiqués et plus curieux, on pourrait s'apercevoir que la poésie est un outil précis comme un scalpel, qui permet de nous rapprocher de nos émotions et notre ressenti véritablement intime. Cela demande beaucoup de réceptivité, du silence et de la disponibilité.

- La poésie réussit à condenser ce que la philo exprime sur des pages, en étant au plus près de l'intime.

Arthur H : Oui, au plus près de notre condition métaphysique, de la réalité dans notre manière de fonctionner par les rêves, puisque tout est issu du rêve. Avec Nicolas Repac, nous avons voulu que la musique soit comme un cheval de Troy pour amener les mots de ces grands poètes que sont Bataille et Césaire.

Qu’évoque pour toi : Into the groove (Madonna)

Arthur H : Ouais, Madonna c'est la Mireille Mathieu du futur. Elle a raison, the groove, faut toujours être dans le mouvement. Elle est touchante car elle cherche le mouvement perpétuel, la jeunesse éternelle. J'espère qu'elle va y arriver...

Honky Château (Elton John)

Arthur H : Rien... ah si : le château d'Hérouville ! J'étais ado et je venais voir mon père là bas. C'était un endroit très mystérieux avec le fantôme de Chopin. Voilà ce qui change peut être avec notre époque : la disponibilité au temps, la créativité débridée sans limite. Mon frère y a rencontré David Bowie...

Dépression au dessus du jardin (Serge Gainsbourg)

Arthur H : Très beau... la part féminine de Gainsbourg, ce chagrin profond. Il a souvent choisi une forme de légèreté pour l'exprimer, c'est quelqu'un de noble dans ce sens là.

- Tu l’as connu ?

Arthur H : Un peu, il m'a pris par les oreilles et m'a dit : « t'es mon fils spirituel ». Je pense que c'était plus par rapport aux oreilles que pour ma musique ! (rires). Ceci dit, je suis un peu son disciple aussi, faire de la poésie rock et sensuelle c'est ce que je fais. Dans la chanson française il y a des passeurs : Charles Trenet, Serge Gainsbourg, Alain Bashung, des personnes qui ouvrent un champ des possibles.

Propos recueillis par Vincent Gramain

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